Surplombant la route du Littoral, ce chemin relie Saint-Bernard à la Possession en passant par la Grande Chaloupe. On l’appelle également « chemin Crémont ». La totalité du chemin vous prendra environ 4 heures l’aller simple. Ce chemin doit son nom à l’ordonnateur de l’époque (le gouverneur Crémont) qui en 1767 fit paver ce sentier, tracé en 1730 par deux entrepreneurs, Boisson et Muron.
Plus ou moins abandonné au profit des Chaloupes reliant la capitale à la Possession, ce n’est qu’en 1809 que le colonel Ste-Suzanne, nouveau commandant militaire de l’île Bonaparte décide de restaurer cette route. En améliorant cette unique et importante voie de communication, le colonel Ste Suzanne ne pouvait imaginer qu’il préparait ainsi aux anglais, un magnifique accès vers la capitale. Leurs troupes débarquèrent en 1810 à la Grande Chaloupe pour conquérir l’île. Elles empruntèrent le chemin Crémont qui porte à tort le nom de « chemin des anglais »
Cette route, la plus ancienne de l’île, s’étend de la Possession à la Grande Chaloupe en surplombant l’océan. Elle s’engage à l’intérieur des terres en remontant la montagne jusqu’à Saint-Bernard. Elle redescend ensuite en lacets derrière le plateau de l’Ilet sur la rive gauche de la Rivière St Denis non loin du magasin à poudre et de la Redoute.
Cette voie, départementale depuis la fin de la colonie en 1848, a été construite en pierres de basalte, pour faciliter le passage des charrettes. Elle constitue un patrimoine historique de l’île de la Réunion.
Pour accéder au départ du chemin à St Bernard, prendre la direction de la Montagne quand on vient de St Denis. Sur cette route, prendre à droite en direction de Ruisseau Blanc. Après une dizaine de kilomètres en restant sur cette route (en suivant la direction St Bernard), on dépasse un stade de foot sur la droite. Devant la boutique « chez Henri », prendre le chemin bétonné qui descend à droite et le suivre sur environ 1 km avant de se garer. Comptez environ 12 km depuis St Denis.
Continuer à pied sur le chemin de terre ou on voit encore quelques habitations. Ce chemin se dirige droit vers la mer. De part en d’autre du chemin, la vue est magnifique. L’océan est droit devant et on peut voir du Port à St Denis. Le sentier est assez ombragé au début, mais petit à petit, les arbres font place aux arbustes, puis aux plantes. Prévoyez casquette et eau ! La pente s’accentue doucement et après une trentaine de minutes de marche, on commence à apercevoir les premiers pavés qui font penser aux voies romaines. D’abord la végétation recouvre une bonne partie des pierres, mais au fur et à mesure de la descente les pavés sont de plus en plus visibles. Au fur et à mesure de l’avancée, le calme de la campagne laisse place à un bruit sourd de plus en plus perceptible et là, on devine qu’on va arriver en bordure de falaise et que ce bruit est en fait la route du littoral en dessous, empruntée par des milliers d’automobilistes chaque jour. La vue est très impressionnante et mieux vaut ne pas avoir le vertige ! Les voitures ressemblent à des fourmis en contrebas.
Le chemin se poursuit sur la gauche et on commence une descente plus abrupte, toujours sur des pavés magnifiquement conservés. Mieux vaut descendre que monter, à en croire les randonneurs croisés ! On retrouve l’ombre des arbres et on arrive vite au village de la Grande Chaloupe, dans lequel on entre en traversant l’ancienne voie ferrée. Celle-ci fut inaugurée en 1882 afin d’assurer le transport du sucre et des passagers. Elle fut désaffectée en 1958 et céda la place à la route en front de mer, qui s’élargira en quatre voies en 1976. On peut toujours admirer la locomotive, entretenue par une association.
De la gare, suivre la voie ferrée, passer le pont et remonter la ravine de la Grande Chaloupe sur 300 mètres. Le sentier débute sur la droite. Après une trentaine de minutes sur le sentier pavé, on accède au plateau. Ici encore, on a un magnifique point de vue sur l’océan. Plusieurs ravines nous ramènent au temps de l’esclavage ou au temps des corsaires (ravine à Malheur). Le Lazaret de la Grande Chaloupe fut créé en 1860. A cette époque, l’expansion de la culture de la canne nécessita de faire venir de nombreuses personnes (environ 6000 indiens chaque année). Il fut le lieu de transit de milliers d’immigrants, dont une forte proportion de malades. Le débarquement se faisait par des navettes de chaloupes. Le séjour durait environ une semaine. La promiscuité des gens malades avec la population, à proximité de la gare, entraîna la fermeture des lazarets en 1935.
Sur le chemin, la ravine de la Petite Chaloupe et de la Ravine à Malheur sont les seules haltes possibles à l’ombre de tamarins de l’Inde. En saison des pluies, l’eau est abondante et on peut même s’y baigner. Un dernier effort et on atteint le bord du plateau , avant de plonger sur le camp Magloire puis la Possession.


